Sucre, écrans, jeux vidéo : les addictions comportementales chez les profils neurodivergents
La rédaction de Neurod.eu Publié le Mis à jour le 7 min de lecture
Écrit à partir de 4 sources vérifiées à cette date. Cet article informe, il ne diagnostique pas : seul un professionnel de santé le peut. Une erreur ? Dites-le-nous.
Peut-on être « accro » à un jeu vidéo comme on l'est à l'alcool ? Pour l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la réponse est oui dans certains cas. Le trouble du jeu vidéo figure dans la 11e classification internationale des maladies, la CIM-11. Elle a été adoptée en mai 2019 et sert de référence depuis 2022 (OMS).
Pour le sucre ou les réseaux sociaux, la question est plus ouverte. Voici ce qui est établi, ce qui reste débattu, et ce que l'on peut faire quand une habitude prend trop de place.
Le trouble du jeu vidéo : une définition précise
L'OMS le définit par trois éléments réunis (OMS, questions sur le trouble du jeu vidéo) :
- une perte de contrôle sur le jeu (quand, combien de temps, comment s'arrêter) ;
- une priorité croissante donnée au jeu, au détriment des autres intérêts et des activités du quotidien ;
- la poursuite du jeu malgré des conséquences négatives.
Pour parler de trouble, cela doit nuire nettement à la vie personnelle, familiale, sociale, scolaire ou professionnelle. En général, la situation dure depuis au moins 12 mois. L'OMS précise que le trouble ne touche qu'une petite partie des personnes qui jouent.
Autrement dit, jouer beaucoup ne suffit pas. Ce qui compte, c'est la perte de contrôle et ce qu'elle coûte.
Le sucre : une « addiction » qui reste débattue
L'idée d'une addiction au sucre comparable à celle d'une drogue est populaire, mais peu soutenue chez l'humain. Une revue de l'Université de Cambridge conclut que les preuves manquent (Westwater et al., 2016). Chez l'animal, les comportements de « frénésie » apparaissent surtout quand l'accès au sucre est intermittent. Ils tiendraient au goût sucré et aux aliments très appétissants, plus qu'à un effet chimique du sucre.
Cela n'empêche pas le grignotage de devenir difficile à contrôler, surtout en période de fatigue ou de stress. Mais le mot « addiction » n'est pas le bon outil pour le décrire.
Pourquoi ces habitudes accrochent certains profils
Les études qui comparent directement les profils neurodivergents sur ce point restent rares. Les pistes qui suivent viennent de ce que décrivent les personnes concernées. Elles ne valent pas pour tout le monde.
- TDAH : un jeu bien conçu offre une récompense immédiate, des objectifs clairs et une stimulation continue. Les tâches ordinaires n'offrent rien de tout cela. D'où l'hyperfocus : des heures sur un jeu, et l'impossibilité d'ouvrir un courrier.
- Autisme : l'écran offre un espace social plus prévisible, sans les codes implicites du face-à-face. C'est un vrai soulagement, tant qu'il ne devient pas le seul lieu de vie sociale.
- Pour tous : l'écran sert souvent à se calmer après une journée chargée, ou à repousser une tâche qui angoisse.
À quoi cela ressemble
Quelques situations typiques, données comme exemples :
- « Une dernière partie » à 23 h, puis la lumière du jour qui se lève sur la console.
- Le téléphone ouvert « deux minutes » avant une tâche, et l'après-midi qui disparaît.
- Un paquet de biscuits fini debout dans la cuisine, chaque soir après le travail.
Reprendre la main, concrètement
Interdire tout d'un coup tient rarement, parce que le besoin derrière l'habitude reste là. Mieux vaut chercher ce que le comportement apporte, puis lui trouver une réponse moins coûteuse.
- Repérer le moment. Pendant une semaine, notez l'heure et la situation où l'envie est la plus forte. C'est souvent le même créneau.
- Nommer le besoin. Se détendre, éviter une tâche, se sentir moins seul·e, s'endormir ?
- Préparer une alternative à l'avance, pour ce créneau précis. Compter sur la volonté au dernier moment marche mal.
- Mettre des limites dans l'environnement. Console dans une autre pièce, minuteur, téléphone qui charge hors de la chambre. Notre minuteur Pomodoro aide à poser des pauses prévues d'avance.
Quand demander de l'aide
Si le jeu, les écrans ou la nourriture abîment le sommeil, le travail ou les relations depuis des mois, votre médecin traitant est un premier interlocuteur. Les jeunes et leurs proches peuvent aussi s'adresser à une consultation jeunes consommateurs (CJC), qui aborde les jeux vidéo et Internet. Elle est gratuite et confidentielle, et se tient dans un centre d'addictologie (CSAPA) ou un lieu d'accueil des jeunes (Santé.fr). Pour les jeux d'argent, Joueurs Info Service répond au 09 74 75 13 13, de façon anonyme (joueurs-info-service.fr).
Cet article informe ; il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Pour le rôle de la récompense dans le TDAH, voir TDAH et addictions. Pour adapter un accompagnement à son profil, voir Sortir d'une addiction quand on est neurodivergent.
Sources
- Gaming disorder: frequently asked questions — Organisation mondiale de la santé. Définition, durée d'au moins 12 mois, petite proportion des joueurs concernés.
- WHO's new International Classification of Diseases (ICD-11) comes into effect — OMS, 11 février 2022. Adoption en mai 2019, usage à partir de 2022.
- Sugar addiction: the state of the science — Westwater M. L., Fletcher P. C., Ziauddeen H., European Journal of Nutrition, 2016. Revue de la littérature animale et humaine.
- Conduites addictives : trouver de l'aide — Santé.fr. Consultations jeunes consommateurs (jeux vidéo, Internet), CSAPA.
Sources consultées le 23 octobre 2026.